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Ressenti corporel
et connaissance de soi : le " focusing "

 
Se sentir plus vivant

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et connaissance de soi

 
Le " focusing " propose une méthode pour approcher notre ressenti corporel : il peut s'en dégager des significations qui nous aideront à mieux vivre les situations qui nous posent problème.

Vous disposez sur ce site de liens vers une présentation du " focusing ".


En complément, vous trouverez ci-dessous  un extrait du livre
"Devenir qui je suis"
Bernadette Lamboy, Editions Desclée de Brouwer 2003

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" La démarche du Focusing consiste à favoriser l'accès à une connaissance implicite, qui se présente comme un ressenti corporel et se manifeste dans le processus même d'explicitation. Il ne s'agit pas uniquement de ressentir mais aussi de trouver (en les laissant émerger) les énoncés adéquats et les réponses à ses questions -réponses souvent surprenantes, car elles ne sont pas là où on les attendait.

Cette manière de procéder demande d'abord de se tourner vers une impression interne globale, relativement floue et imprécise au départ, en arrière-fond du discours et des répercussions émotionnelles qui l'accompagnent. Comme l'appareil photo qui rend nette une image floue (autofocus), pratiquer le Focusing revient à s'arrêter sur cette impression vague pour qu'elle se précise et apparaisse distinctement. […]

L'analogie avec l'appareil photo renvoie au règlage à faire à partir du flou, en le " testant " jusqu'à trouver la netteté - la netteté va de pair avec la possibilité de conceptualiser de façon appropriée. A partir de là un sens nouveau émerge, qui apporte un éclairage sur la situation examinée.
 
 
Balisage en six étapes

Dans une perspective pédagogique, Gendlin a fait ressortir six étapes dans la démarche du Focusing. Ce repérage étape par étape n'est pas à prendre de manière systématique. Il balise l'avancée du processus et donne des précisions sur ce qui est en jeu à différents moments du processus. Dans une démarche d'apprentissage, afin de s'approprier la procédure, hors cadre thérapeutique, il peut être utile de s'y attarder. Cependant c'est à une démarche coulée, dans un fondu enchaîné que nous devons tendre.

Le processus se résume ainsi :

1. après s'être mis dans de bonnes conditions pour avancer sur un problème (" dégager son espace "),

2. prendre en compte l'écho corporel de la question examinée (" laisser venir un sens corporel "),

3. le percevoir distinctement en le définissant (" trouver une prise "),

4. prendre le temps d'en discerner les caractéristiques (" laisser résonner la prise "),

5. en apprendre quelque chose (" interroger le sens corporel ")

6. et intégrer ces nouvelles informations (" accueillir ").
 
 
1 - Dégager son espace

L'étape " dégager son espace " consiste à créer des conditions propices à l'examen d'une question ou d'une situation, sorte de préalable à toute recherche de solution. Ce n'est pas à proprement parler une phase de résolution de problème, comme le seront les suivantes (même si parfois, en donnant un autre point de vue, elle contribue à sa résolution), en revanche, elle permet de préciser sa situation et d'offrir un nouveau point de vue.

Dégager son espace, c'est cesser de se confondre avec ses problèmes et de s'identifier à eux. C'est se permettre d'être quelqu'un en dehors de ses problèmes. C'est aussi une manière de remettre de l'ordre dans son intérieur et de s'accorder un espace personnel dégagé. Pour prendre une image : lorsque votre bureau est en désordre et vos dossiers emmêlés, vous prenez un temps pour classer, ranger, réorganiser votre espace de travail. Bien qu'aucun dossier ne soit réglé, à la fin vous éprouvez un soulagement certain : maintenant vous disposez de l'espace et de l'aisance nécessaires pour vous occuper de chaque dossier dans de bonnes conditions.

Au cours de cette phase, il s'agit d'instaurer un espace entre soi et le problème : en cessant ainsi de m'identifier à mes problèmes, je peux exister en dehors d'eux, sans les négliger pour autant ou me voiler la face. " Je " ne suis pas " mes " problèmes. Même dans le pire cas, " Je " suis davantage que la somme des problèmes. Dans le même ordre d'idées, cette phase permet de mettre à la " bonne distance " une situation qui ne peut se résoudre dans l'immédiat. Il est des situations critiques qui absorbent le champ de conscience et prennent littéralement " possession " de la personne. Il s'agit de se donner de la marge, laissant une distance se glisser entre soi et le problème. […]

Dégager son espace est encore une manière de faire le point avec soi-même : " Suis-je tout à fait bien, quelque chose m'empêche-t-il de l'être actuellement ? " Chaque préoccupation peut être repérée à partir d'une sensation de malaise qui pointe vers une préoccupation. Elle peut alors être reconnue, nommée, visualisée, rangée à une place qui me convienne et qui lui convienne. Le fait que la place convienne aux deux […] traduit l'ajustement du rapport entre les deux. L'emplacement pris par le problème est parfois significatif, parlant directement à la personne :

Un " problème " vient s'accrocher sur un arbre de Noël : " Ca alors, je n'y aurais jamais pensé… peut-être qu'il n'est pas aussi préoccupant que je le pensais… peut-être même que je peux le voir comme un cadeau ! " Cette question que je croyais si grave prend une forme plus petite que je ne l'aurais imaginée.
Au contraire, cette affaire qui prend l'allure d'un gros nuage noir au-dessus de ma tête me fait comprendre que je la minimisais…

A partir de là, il est possible d'accompagner le processus jusqu'à ressentir son espace dégagé. Cette réorganisation de l'espace intérieur amène un soulagement effectif, analogue à celui éprouvé lorsque vous posez vos bagages et que vous prenez le temps de vous retrouver. Pour autant, il n'est pas question de se débarrasser du problème, de vouloir l'évincer et l'ignorer. C'est la reconnaissance qu'on lui porte qui permet à la personne d'entrer dans une juste relation avec lui.

Tel problème avait pris l'allure d'un gros sac en jute que la personne voulait mettre à la cave. Avant de le poser, elle remarqua une étiquette accrochée au sac, elle s'en approcha et put lire " ne m'oublie pas ".

L'étape de " dégager l'espace " correspond à un temps pour récupérer, retrouver son espace personnel et, finalement, disposer de nouvelles potentialités pour aborder la situation. Cette étape présente aussi un intérêt particulier pour s'affranchir de questions qui persistent en rapport avec des situations inachevées. Elle permet souvent de clore la situation, ce qui équivaut en l'occurrence à la régler : un deuil impossible, un sentiment de culpabilité qui perdure, toute situation restée en suspens. Dégager l'espace peut conduire spontanément au processus complet de Focusing. […]
 
 
2 - Laisser venir un sens corporel

Après la phase " dégager l'espace ", il est possible de revenir sur l'une des questions évoquées et d'avancer vers sa résolution. L'examen d'un problème passe par la prise en compte de ce qu'il éveille en soi […] une sensation globale, vague et peu définie. Le fait d'y porter attention l'aide à se préciser. Il s'agit du " sens corporel ".

Le sens corporel […] renseigne la personne sur la manière dont elle vit globalement la situation. Il contient, sur un mode infra-verbal, le " tout " sur cette question, rassemblant de manière intriquée l'ensemble complexe des données. La sensation particulière éprouvée est directement liée à la manière de percevoir, de ressentir, de vivre la situation, elle correspond à la connaissance implicite qu'elle en a. " Quand j'examine tel problème, au fond qu'est-ce que ça me fait ? Qu'est-ce que je ressens globalement à ce sujet ? Comment, où, suis-je particulièrement touché ? Puis-je m'approcher un peu plus de cette sensation ? "

" Laisser venir le sens corporel " correspond à une première phase d'émergence : en stoppant mon discours intérieur et en portant attention sur la façon dont je vis la situation dans l'intimité de moi-même. […]
 
 
3 - Définir le sens corporel en trouvant une " prise "

Cette étape cherche à définir le sens corporel en laissant venir une forme plus distincte. " Ce que je sens au fond de moi, à quoi ça ressemble vraiment ? Comment pourrais-je le désigner ? " Le mot " prise ", pas très heureux en français (handle en anglais), signifie ce par quoi je peux " saisir " la sensation particulière qui m'habite.

" Ce que je ressens, c'est comme une boule, un entonnoir, un nœud…, comme si au fond de moi il y avait une longue plainte, une force tranquille…, comme un couteau en travers, des bulles dans le ventre, un soleil noir qui me ronge à l'intérieur… "

Les formulations sont innombrables. Ce passage du sens corporel aux mots, expressions, images ou métaphores, met en relief la sensation.

La recherche de la " prise " est une nouvelle étape du processus d'émergence : en effet, la mise en forme du sens corporel se produit comme l'éclosion de la sensation. " Ah oui, c'est comme ceci ou cela… Quand je cherche à savoir comment je vis cette situation, c'est ainsi que ça me fait, on dirait une sorte de… "

Souvent les gestes activent le sens corporel, l'assistent dans sa formulation. La " prise " participe à l'avancée du processus, elle explicite de manière spécifique et originale la façon de vivre telle situation. Pour éviter de s'arrêter à une formulation plus ou moins générique (une boule, un nœud), il est bon de s'accorder un peu de temps pour vraiment pénétrer la situation, la tester de l'intérieur, en définir les différents aspects et soupeser les qualificatifs décernés pour s'assurer qu'ils correspondent vraiment.
 
 
4 - Faire résonner la " prise " avec le sens corporel

Cette étape consiste à vérifier la cohérence entre la " prise " et le sens corporel. Ce que j'énonce à propos du sens corporel s'accorde-t-il vraiment (to fit) avec lui ? […] Ne pas s'en tenir à la première formulation qui est souvent une approximation, mais prendre le temps de trouver les mots les plus pertinents, de spécifier l'image, d'en décrire les caractéristiques.

" Je sens un poids dans l'estomac… plus précisément on dirait une pomme… et cette pomme tourne sur elle-même, elle a une face jaune et une face rouge… Ce que je sens dans l'estomac, c'est pas vraiment une barre, mais plutôt une espèce de guirlande, elle est attachée aux deux extrémités sous chaque côte. "

La " prise " se définit, s'affine, donne d'autres indications -sur sa position dans le corps, sa forme, son poids, sa couleur, son matériau, sa luminosité… Le sens corporel gagne en résolution. La personne en pénètre la texture […], goûte plus intimement la sensation qui l'habite et en exprime les particularités.

En revenant au sens corporel, en s'arrêtant sur la sensation et en la laissant résonner en contact de l'image /mot/définition qui se sont formés, de nouveaux détails filtrent comme autant d'informations qui rendent compte de la manière de vivre la situation. Ces nouvelles indications amènent souvent la personne à parler et à faire des liens avec son problème. Quand elle revient au sens corporel, celui-ci a déjà un peu évolué. Ce va-et-vient entre sens corporel, symbolisation, explicitation participe à l'avancement du processus vers l'approche du " dénouement ", comme processus d'émergence.
 
 
5 - Interroger le sens corporel défini par la " prise "

" Ce que je ressens et qui ressemble à …, qu'est-ce que ça pourrait bien me faire savoir sur la situation que j'évoque ? ", ainsi se présente la phase qui consiste à interroger le sens corporel. Le dernier, défini par la " prise ", laisse émerger de nouvelles informations si on l'écoute dans une attitude de réceptivité et d'ouverture. L'attitude pour interroger consiste à " laisser parler " le sens corporel.

La " signification ressentie " (felt meaning), jusque-là implicite, se révèle en s'explicitant de manière signifiante. " Qu'est-ce que ce sens corporel aurait à me suggérer que j'ignore encore ? Qu'est-ce qu'il pourrait m'apprendre qui m'amène à sentir ça ? S'il pouvait me signifier quelque chose, qu'est-ce qu'il me dirait ? " Les réponses doivent venir du sens corporel et surtout pas d'explications ou d'interprétations préconçues. […] D'où la nécessité d'une attitude d'ouverture et de confiance dans le processus, dans un climat sécuritaire.

" Vous me laissez, disait une cliente, vraiment tout l'espace dont j'ai besoin pour que le processus puisse se développer, alors quelque chose peut se dérouler et advenir à son rythme. "

" Interroger " revient à laisser le champ libre au déploiement, dans une attente ouverte sans pression. " Interroger " revient à solliciter le processus avec douceur et prévenance, de sorte qu'il puisse s'accomplir selon son cours naturel.

Une autre manière de poser la question consiste à soutenir délicatement le mouvement du sens corporel. En effet, le sens corporel manifeste ce qui n'a pas encore " abouti ". Il est significatif d'un processus stoppé en voie de résolution, il témoigne de ce qui est " contenu " dans l'implication, " en attente " d'être reconnu et exprimé.

L'explicitation est un processus qui ne demande qu'à s'accomplir, aussi est-il possible d'inviter le mouvement à se produire : " Qu'est-ce qui l'anime au fond ? Vers quoi ça pourrait se transformer pour que ce soit mieux pour moi ? " Ainsi, lorsque quelque chose oppresse, le mouvement naturel " pousse " à faire cesser cette oppression, quand il pèse à alléger ce poids, quand il serre à se desserrer… Il est ainsi possible de poser une question qui aille dans le sens naturel du processus, par exemple : " Je me sens totalement ligoté dans cette situation, mes poignets sont attachés par une lanière serrée, il faudrait que je puisse me libérer " implique une question du style : " Qu'est-ce qui pourrait aider les liens à se relâcher, à leur donner un peu de mou ?".

La question est posée de manière totalement ouverte, sans a priori, sans tentative pour s'en saisir, dans l'attente du surgissement possible. Il y a une sorte de candeur dans cette attente car " tout " est possible, bien que dans la situation un " seul " possible corresponde à cette personne dans cette situation. Pour émerger, la réponse a besoin d'un espace ouvert, dépourvu de jugement, dépourvu de peur, prêt à accueillir le nouveau. Tout ce qui pourrait entraver (pression, peur, jugement…) doit être repéré, considéré et " traité " selon les circonstances, afin de laisser la voie à nouveau libre. Au cœur de cet espace incitatif, propice à la parole nouvelle, le sens corporel peut " délivrer " ce qu'il contenait implicitement.

Comment savoir si c'est la " bonne " réponse ? […]

Celle-ci est évaluée à travers la transformation du sens corporel : " C'est presque ça mais pas vraiment ; non pas du tout ; ah oui, bien sûr… " Quand les réponses ne font pas bouger le sens corporel, on peut être assuré qu'il s'agit de commentaires annexes sans réelle emprise sur l'organisme. Au moment de la réponse " attendue ", un " mouvement corporel " (felt shift) se produit qui la confirme. L'avancement du processus se fait parallèlement à l'évolution du sens corporel, qui se résorbe dans un mouvement corporel de détente en même temps que se résout la question.

La " bonne " réponse produit curieusement un effet à la fois de surprise (ce qui atteste d'un réel changement) et d'évidence (la personne " reconnaît " la réponse comme étant bien celle qu'elle attendait au fond). Les choses semblent (re)gagner une cohérence à laquelle elles aspiraient sans pouvoir y parvenir jusque-là. […]

Cette double qualité, surprise et évidence, authentifie la réponse pressentie et impliquée dans le sens corporel. La plupart du temps, le processus d'explicitation s'effectue en plusieurs étapes, au cours desquelles le sens corporel se transforme, tandis que le moment de " révélation " apparaît comme l'apogée du processus d'émergence. C'est le moment où les choses s'éclairent et prennent sens en une compréhension nouvelle, qui conduit la personne à un nouveau positionnement. Cet instant est souvent " magique " car soudain le problème -l'impasse momentanée- se dissipe, offrant une " sortie " inopinée, une viabilité imprévue, qui séduit par sa limpidité et son " évidence ", souvent par sa simplicité.
 
 
6 - Accueillir

La réponse qui se fait connaître à l'étape précédente est immédiatement reconnue par le corps (par la personne qui vit les situations corporellement). Elle s'accompagne d'un " mouvement corporel " qui est local (le sens corporel se résorbe) mais aussi global (tout le corps/personne bénéficie d'un bien-être issu de la nouvelle perspective) : détente, soulagement, apaisement, mais aussi sensation que tout se remet en circulation, dynamisme, regain d'énergie. Le sentiment d'être réconcilié avec soi va avec la sensation que les choses ont trouvé leur " vraie " place.

Peut-on prendre un temps pour " goûter " ce moment précieux, en apprécier le bienfait ? Laisser la nouvelle perception de la réalité pénétrer en soi, se l'incorporer, la faire sienne. C'est le temps de l'intégration avant de partir sur le terrain tester les nouvelles options. Les pistes nouvellement dessinées redynamisent la personne et l'encouragent à passer à l'action (mouvement d'actualisation). Les évènements en eux-mêmes n'ont pas changé, cependant ils n'apparaissent plus sous le même angle. Il convient alors de s'accorder un espace-temps suffisant pour accueillir le changement et s'y familiariser en mesurant l'impact qu'il provoque en soi et dans sa vie. […]
 
 
Au-delà des étapes, une manière d'être soi

En pratiquant le Focusing, la personne se rapproche d'un mouvement organique toujours en réactualisation. Elle parvient à un accordage interne plus subtil. Le moindre désaccord se fait entendre et retentit comme une alerte, un appel au changement. Le Focusing est un processus de discernement qui implique la personne dans toutes ses facultés cognitives, donnant un ancrage corporel à une pensée cohérente, pertinente et complexe. La personne procède d'une intelligence organique globale […], avec sa logique du processus émergent, qui vient ressourcer pensées et croyances. […]

Il n'y a pas de véritable accord interne sans accord externe, sans une consonnance à ce qui vibre autour de soi. Chaque carrefour, chaque croisement, chaque situation existentielle offre l'occasion de se définir et de se glisser dans le cours des choses, […], de se frayer un chemin toujours mouvant et créatif face aux sollicitations de la vie. […]

Cette façon d'être soi laisse place à l'imprévu, à l'innovation, à une intuition fondée sur les mouvements profonds de l'organisme ".

 
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ALAIN GARNIER, enseignant de la méthode Feldenkrais
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